Dans mon premier article consacré à la nouvelle redevance PC SOFT, j’expliquais que l’éditeur avait franchi une limite en cherchant à faire payer l’utilisation des applications développées par son écosystème. La dernière vidéo de PC SOFT ne remet absolument pas cette analyse en cause. Elle lui donne au contraire des chiffres, une définition officielle et un mécanisme de contrôle. PC SOFT clarifie son modèle, oui. Mais cette clarification confirme exactement ce que je dénonçais.

290 €tarif catalogue annoncé pour une session et pour une année
225 €tarif annuel annoncé dans les offres Solutions & Services
500 sessionspour l’ERP de 500 utilisateurs présenté dans la vidéo
Auditavec possibilité de mise à niveau et de rattrapage

01La vidéo confirme mon premier article

Jusqu’à présent, PC SOFT pouvait encore laisser entendre que la communauté interprétait mal les nouvelles offres. Cette fois, le principe est expliqué par l’entreprise elle-même.

Une application compilée avec WINDEV est rattachée à un nombre de sessions. Ces sessions ont un prix annuel. Leur nombre dépend de l’utilisation de la solution chez le client final. Le périmètre est déclaré, négocié, inscrit dans un avenant, puis susceptible d’être contrôlé par un audit.

Ce n’est donc plus une crainte, une rumeur ou une extrapolation communautaire. Il s’agit bien d’une nouvelle manière de monétiser les applications réalisées avec les outils PC SOFT après leur livraison.

02Une session, selon PC SOFT

PC SOFT définit une session comme un exécutable utilisé par un utilisateur sur une machine, que cet exécutable accède ou non à une base de données.

La vidéo précise également que l’utilisateur correspond à un compte Windows. Le terme « session » ne semble donc pas désigner uniquement une connexion simultanée ou une session technique ouverte à un instant donné. Il est rattaché à l’usage de l’exécutable par un compte Windows.

Un exécutable

Le principe concerne l’application compilée et utilisée chez le client final, pas seulement l’IDE du développeur.

Un compte Windows

La vidéo rattache l’utilisateur à son compte Windows, mais ne détaille pas encore tous les cas de comptes partagés, RDS ou comptes de service.

Avec ou sans base

Une application reste concernée même lorsqu’elle n’accède à aucune base de données.

Regroupement en solution

Plusieurs exécutables peuvent être regroupés lorsqu’ils appartiennent à une seule solution logicielle.

Le vocabulaire est habile. Le mot « session » évoque habituellement une consommation temporaire. Dans les faits, PC SOFT rattache ici un prix annuel à l’utilisation d’une solution par un compte Windows.

03290 € par an pour l’usage d’un exécutable

La vidéo présente trois niveaux de prix pour une session:

Formule annoncéePrix d’une sessionEngagement ou condition
Tarif catalogue290 € par anPrix catalogue annoncé hors offre particulière.
Offres Solutions & Services225 € par anTarif de session annoncé dans le cadre des nouvelles offres.
Engagement sur trois ans75 €, puis 150 €, puis 225 €Montée progressive du tarif sur les trois années.

La progressivité ne supprime pas le coût: elle le rend simplement plus facile à accepter au départ. Une session représente 450 € sur trois ans, soit 150 € par an en moyenne, avant d’atteindre 225 € la troisième année.

04L’ERP de 500 utilisateurs : le scénario absurde est évité

La partie la plus utile de la vidéo concerne un exemple concret:

  • un ERP composé de dix exécutables ;
  • deux bases de données utilisées par ces exécutables ;
  • 500 utilisateurs finaux.

Une application stricte de la définition aurait pu conduire à calculer dix exécutables multipliés par deux bases de données, puis par 500 utilisateurs.

PC SOFT rejette explicitement ce calcul. L’entreprise considère que l’ensemble constitue une seule solution logicielle utilisée par 500 personnes. Le résultat annoncé est donc de 500 sessions.

Cette clarification évite le scénario le plus extrême imaginé par une partie de la communauté. Elle ne rend cependant pas le résultat anodin: 500 utilisateurs représentent toujours 500 sessions.

Projection mécanique sur 500 sessionsMontant obtenuPrécaution de lecture
500 × 290 €145 000 € par anProjection au tarif catalogue.
500 × 225 €112 500 € par anProjection au tarif annoncé dans les offres.
500 × 75 €, puis 150 €, puis 225 €225 000 € sur trois ans37 500 € la première année, 75 000 € la deuxième et 112 500 € la troisième.

Même avec une définition officielle et un exemple de six minutes, il reste impossible de connaître le prix réel sans passer devant l’équipe commerciale. Cette absence de tarif reproductible est au cœur du problème.

05Qui crée réellement la valeur ?

PC SOFT

Fournit l’IDE, le compilateur, le WLangage, les frameworks et certains composants d’exécution.

Le développeur ou l’éditeur

Analyse le besoin, conçoit le produit, code, teste, documente, déploie, corrige et assume le risque commercial.

Notre client final

Achète une solution métier et paie déjà son fournisseur pour sa création, son utilisation et sa maintenance.

La valeur métier

Provient des règles de gestion, des processus, des données, des interfaces et de l’accompagnement construit autour de l’application.

Pour l’utilisateur final, PC SOFT est quasiment invisible. L’entreprise ne recueille pas son besoin, ne forme pas ses équipes, ne gère pas ses incidents fonctionnels et ne garantit pas son exploitation quotidienne.

Il est donc difficile d’accepter que le nombre de nos utilisateurs devienne une base de revenus pour PC SOFT. L’éditeur cherche à prélever une part de la valeur créée par son écosystème sans prendre en charge la majorité des coûts et des risques qui ont permis de créer cette valeur.

06Le souk de la « bonne intelligence »

PC SOFT explique qu’il appliquera une règle de « bonne intelligence » afin de regrouper les exécutables appartenant à une même solution.

L’expression devrait inquiéter n’importe quelle entreprise qui prépare un budget. La bonne intelligence n’est ni une métrique, ni une clause précise, ni une méthode de calcul reproductible. Elle ressemble davantage à une négociation de marché: un prix catalogue affiché, un prix d’offre, une remise Early Adopter, une progressivité sur trois ans, puis un tarif final décidé après discussion.

Le problème n’est même pas de démontrer qu’il y aura du favoritisme. Le problème est que PC SOFT construit une tarification dans laquelle il devient impossible de démontrer qu’il n’y en a pas. Deux clients comparables ne disposent d’aucune grille publique leur permettant de vérifier qu’ils sont traités selon les mêmes règles.

Cette souplesse permet à PC SOFT de réduire les cas les plus absurdes, mais elle place également l’éditeur en position d’arbitre. Il définit ce qui constitue une solution, ce qui doit être regroupé, ce qui doit être déclaré et ce qui pourra être réévalué plus tard.

07Des commerciaux devenus « conseillers fiscaux »

PC SOFT explique compter environ 14 000 clients et reconnaît ne pas connaître précisément leur métier, leurs applications ou leur manière de commercialiser leurs solutions. L’éditeur leur demande désormais de remplir un formulaire décrivant leurs usages.

L’équipe commerciale est présentée comme une équipe de conseillers, « un peu à la manière de conseillers fiscaux », chargée d’optimiser l’offre.

Le sur-mesure empêche également toute comparaison transparente. Chaque entreprise négocie seule, sans savoir quelles remises, exclusions ou interprétations ont été accordées aux autres acteurs de l’écosystème.

Les clients finaux deviennent ainsi la matière première de cette nouvelle tarification. PC SOFT veut connaître leur nombre, leurs usages et l’architecture des solutions qui leur sont livrées, alors qu’ils n’ont jamais choisi PC SOFT et n’ont généralement aucune relation avec l’éditeur.

08WEBDEV : facturer aussi l’infrastructure

Pour WEBDEV, PC SOFT n’appliquera pas le même système que pour les exécutables WINDEV. La vidéo explique que le nombre de sessions serait trop complexe à mesurer, notamment en raison des appels de services web.

La facturation reposera donc sur trois éléments:

Nombre de cœurs

La puissance CPU allouée au serveur devient une composante de la métrique.

Quantité de RAM

La mémoire disponible pour l’application entre également dans le calcul.

Nombre de serveurs

La multiplication des nœuds ou des instances peut augmenter le périmètre facturé.

Ajouter un second serveur pour assurer une haute disponibilité, augmenter la RAM afin d’absorber une montée en charge ou créer un nœud supplémentaire pour sécuriser une production peut désormais avoir un impact contractuel.

La vidéo ne fournit pas la formule de calcul. Nous ne savons donc pas encore comment seront traités les environnements virtualisés, les conteneurs, les serveurs passifs, les plateformes de secours, les environnements de test ou l’auto-scaling dans le cloud.

09Déclaration, audit et rattrapage

Le fonctionnement commencera sur une base déclarative. Le client expliquera son métier, ses applications, leur commercialisation et leur usage.

PC SOFT indique toutefois se réserver le droit de réaliser ultérieurement un audit afin de vérifier que les informations déclarées correspondent à la réalité du terrain.

La vidéo confirme qu’une différence pourra conduire à une mise à niveau de l’offre ou à un rattrapage.

Risque financier

Une mauvaise estimation initiale peut créer une dette contractuelle ou une hausse imprévue.

Périmètre de l’audit

Il faudra connaître les données, machines, journaux et documents que PC SOFT pourra demander.

Période contrôlée

La vidéo ne précise pas la profondeur historique d’un éventuel rattrapage.

Évolutions techniques

Une application peut gagner des utilisateurs, des serveurs ou de nouveaux exécutables entre deux renouvellements.

10Early Adopter : signer vite pour payer moins

PC SOFT propose une remise de 25 % aux clients qui s’engagent au moins 90 jours avant la date anniversaire de leur abonnement.

Un client dont le renouvellement intervient en 2027 peut donc signer dès 2026 pour bénéficier de cet avantage.

Cette offre crée aussi une forme d’urgence commerciale: pour bénéficier du meilleur tarif, le client doit s’engager avant son renouvellement, alors que le nouveau modèle est encore en cours de découverte par l’écosystème.

La remise transforme surtout l’incertitude en urgence commerciale: signez rapidement le nouveau modèle afin d’éviter de le payer plus cher. Avant de regarder les 25 %, il faut calculer le coût total, les clauses de sortie et le prix atteint lorsque la période promotionnelle prend fin.

11Ce que PC SOFT vient réellement de confirmer

Points désormais plus clairs

Définition générale de la session, rattachement à un compte Windows, prix unitaires, progression sur trois ans, regroupement des exécutables d’un ERP, intégration des connecteurs natifs, audit possible et remise Early Adopter.

Points toujours ouverts

Règle précise de regroupement en solution, traitement des comptes partagés, formule WEBDEV, méthode d’audit, période de rattrapage, baisse du nombre d’utilisateurs, environnements hors production et assiette exacte des remises.

La vidéo ne rassure donc pas: elle confirme le déplacement de la facturation vers nos utilisateurs, l’existence d’une négociation au cas par cas et la possibilité d’un contrôle ultérieur. Le modèle est plus clair parce que PC SOFT vient d’en confirmer les aspects les plus contestables.

12Le parallèle avec Unity devient évident

Unity avait déjà tenté de dépasser la facturation de l’outil de développement pour prélever une rémunération liée à l’usage du produit final. L’éditeur avait annoncé en 2023 une Runtime Fee applicable à certains jeux distribués.

La méthode exacte n’était pas identique à celle de PC SOFT, mais le changement de frontière était comparable: l’éditeur ne voulait plus seulement facturer ceux qui créent le logiciel. Il voulait continuer à percevoir une rémunération après sa livraison.

PC SOFT semble aujourd’hui emprunter le chemin que Unity a dû abandonner. La différence est que l’écosystème WINDEV est composé de nombreux logiciels métier anciens, propriétaires et coûteux à migrer. Cette dépendance peut retarder la réaction, mais elle ne restaurera pas la confiance.

13Les questions qui restent sans réponse

  • Un même compte Windows utilisant la solution sur deux machines compte-t-il une ou deux fois ?
  • Comment sont traités les comptes génériques, partagés, techniques ou de service ?
  • Les utilisateurs occasionnels comptent-ils comme les utilisateurs quotidiens ?
  • Une application lancée uniquement par une tâche planifiée crée-t-elle une session ?
  • Les environnements de test, de formation, de secours et de préproduction sont-ils inclus ?
  • Comment PC SOFT distingue-t-il deux solutions séparées de deux modules d’une même solution ?
  • Une baisse du nombre d’utilisateurs peut-elle réduire le contrat avant son renouvellement ?
  • Quelle période historique peut être utilisée pour calculer un rattrapage après audit ?
  • Qui supporte le coût de l’audit lorsque la déclaration du client est correcte ?
  • Pour WEBDEV, faut-il compter les cœurs physiques, les vCPU attribués ou la puissance réellement utilisée ?
  • Un serveur passif de PRA ou de haute disponibilité est-il facturé comme un serveur actif ?
  • Quelle est l’assiette exacte de la remise Early Adopter de 25 % ?

Ces cas ne sont pas marginaux. Ils correspondent aux architectures que l’on retrouve dans les entreprises: RDS, Citrix, virtualisation, conteneurs, comptes de service, haute disponibilité, PRA et environnements multiples.

14PC SOFT creuse sa propre tombe commerciale

PC SOFT peut présenter ce modèle comme une nouvelle offre de solutions et de services. Pour une partie de l’écosystème, le message reçu est beaucoup plus simple: continuer à développer avec WINDEV signifie désormais accepter qu’un tiers puisse facturer nos clients en fonction de leur usage futur.

Chaque nouveau projet devient plus difficile à chiffrer. Chaque contrat historique devient un risque. Chaque augmentation du nombre d’utilisateurs peut créer un coût supplémentaire. Chaque choix d’architecture WEBDEV peut modifier le prix de la licence.

Une plateforme propriétaire repose sur une promesse implicite de stabilité. Le développeur accepte la dépendance parce qu’il pense pouvoir bâtir un produit, le vendre et en maîtriser l’économie. Lorsque l’éditeur déplace cette frontière après des années, il détruit la raison même pour laquelle son écosystème acceptait cette dépendance.

PC SOFT ne vient donc pas seulement d’annoncer une nouvelle source de revenus. L’entreprise vient de fournir à ses développeurs une excellente raison d’évaluer.NET, Java, JavaScript, Flutter, React, les stacks open source et tous les runtimes dont la redistribution reste prévisible.

Cette vidéo ne referme pas la polémique. Elle confirme que mon premier article posait le bon diagnostic. PC SOFT clarifie son modèle et, dans le même mouvement, creuse un peu plus la tombe commerciale de son propre écosystème.

15Les clauses à verrouiller avant de signer

Si une entreprise décide malgré tout d’accepter ce modèle, elle ne doit rien laisser au registre de la « bonne intelligence ». Chaque règle doit être écrite, chiffrée et opposable.

  • définition exacte de chaque solution couverte ;
  • liste des exécutables et modules regroupés ;
  • nombre initial de sessions et méthode de comptage ;
  • traitement des comptes partagés, techniques et occasionnels ;
  • exclusion ou inclusion explicite des environnements hors production ;
  • règles applicables aux nouvelles versions et nouveaux exécutables ;
  • modalités de baisse du nombre de sessions ;
  • formule complète de tarification WEBDEV ;
  • périmètre, préavis et confidentialité des audits ;
  • durée maximale d’un éventuel rattrapage ;
  • procédure de contestation des résultats de l’audit ;
  • assiette et durée exactes de la remise Early Adopter ;
  • garantie de maintien des conditions pendant l’engagement ;
  • conditions de sortie et droits conservés après résiliation.

Une promesse commerciale prononcée dans une vidéo peut expliquer une intention. Seul le contrat protège réellement le client lorsque l’interprétation change, que les équipes commerciales évoluent ou qu’un audit intervient plusieurs années plus tard.

SSources et cadre éditorial